La notion de liquidité en finance de marché

 Cet article est fourni à titre purement informatif et pédagogique. Il ne constitue pas un conseil en investissement financier. L'auteur n'est pas conseiller en investissement financier agréé. Tout investissement comporte un risque de perte en capital.

Vous venez d'acheter des parts d'une SCPI. Trois ans plus tard, vous avez besoin de cet argent. Vous demandez à revendre — et vous découvrez qu'il faut attendre des mois, dans une file d'attente, avant de trouver un acheteur. Ou peut-être avez-vous remarqué que certaines petites actions se négocient avec un écart de 2 % entre prix d'achat et prix de vente, quand les grandes valeurs affichent un écart quasi nul. Dans les deux cas, vous êtes confronté au même phénomène : la liquidité — ou son absence. C'est l'un des concepts les plus importants de la finance pour l'investisseur particulier, et l'un des plus souvent négligés.

1. Qu'est-ce que la liquidité d'un marché ?

La Finance Pour Tous la définit ainsi : « plus un marché est liquide, plus il est facile, rapide et peu coûteux d'y réaliser des transactions importantes » [La Finance Pour Tous]. Au sens large, la liquidité désigne donc la facilité avec laquelle on peut acheter ou vendre un actif rapidement, sans avoir à consentir un écart de prix significatif par rapport à sa valeur de marché.

La liquidité n'est ni binaire ni permanente. Elle varie selon les marchés, les actifs, les montants échangés et les conditions économiques du moment. Un actif très liquide en temps normal peut devenir brutalement illiquide lors d'une crise — précisément là où le problème se pose avec le plus d'acuité.

On distingue deux acceptions complémentaires du terme :

  • La liquidité de marché : la facilité à trouver une contrepartie pour une transaction, sans peser sur le prix. C'est la liquidité d'une action cotée, d'un ETF, d'une obligation.
  • La liquidité d'un actif : la rapidité avec laquelle on peut convertir cet actif en cash. Un appartement est un actif peu liquide même dans un marché immobilier actif, car la vente prend des mois.

2. Comment mesure-t-on la liquidité ?

Plusieurs indicateurs permettent d'évaluer la liquidité d'un actif ou d'un marché. Aucun ne suffit à lui seul : c'est leur combinaison qui donne une image fidèle.

2.1 Le spread achat-vente (bid-ask spread)

C'est l'écart entre le meilleur prix auquel quelqu'un est prêt à acheter (le « bid ») et le meilleur prix auquel quelqu'un est prêt à vendre (l'« ask »). Plus cet écart est faible, plus le marché est liquide. Sur un ETF répliquant le MSCI World avec plusieurs milliards d'euros d'encours, le spread peut représenter une fraction de pourcent. Sur une petite valeur peu échangée, ce même spread peut atteindre 1 à 3 %, représentant un coût immédiat et invisible pour l'investisseur qui achète puis revend à brève échéance.

2.2 Le volume échangé

Le volume quotidien de transactions sur un titre est un indicateur direct de liquidité : plus les échanges sont nombreux, plus il est facile de trouver une contrepartie sans peser sur le prix. Les grandes capitalisations mondiales échangent des milliards d'euros chaque jour ; certaines petites valeurs ne voient pas une transaction pendant des heures.

2.3 La profondeur du carnet d'ordres

La profondeur désigne la quantité de titres disponibles à l'achat ou à la vente aux différents niveaux de prix. Un carnet d'ordres profond peut absorber une transaction importante sans faire bouger le cours. Un carnet peu profond verra le prix se déplacer significativement dès qu'un acheteur ou vendeur cherche à traiter un volume conséquent — c'est ce que les professionnels appellent l'« impact de marché ».

2.4 Le délai de cession

Pour les actifs non cotés, la liquidité se mesure aussi en temps : combien de jours, de semaines ou de mois faut-il pour convertir l'actif en cash ? C'est le critère décisif pour l'immobilier physique, les parts de SCPI à capital fixe, ou les fonds de private equity.

Spectre de liquidité des principaux actifsTRÈS LIQUIDEILLIQUIDELivret A / LDDSImmédiat0 coûtETF grands indicesSecondesSpread < 0,1 %Small caps cotéesHeuresSpread 1-3 %SCPISemainesà moisImmobilier direct3 à 12 moisFrais élevésPrivate equityAnnéesDécote possibleSchéma illustratif — délais et coûts varient selon les établissements et les conditions de marché.
Du Livret A au private equity : chaque classe d'actifs a sa propre liquidité

3. La crise de liquidité des SCPI : un cas d'école récent

La France a vécu entre 2023 et 2025 une illustration grandeur nature du risque de liquidité sur un actif pourtant prisé des particuliers. Ce cas mérite qu'on s'y arrête, car il concerne directement de nombreux épargnants français.

En période de remontée des taux d'intérêt, la valeur des actifs immobiliers a baissé. De nombreux investisseurs en SCPI ont voulu récupérer leur capital simultanément. Les sociétés de gestion n'ont pas pu faire face à toutes les demandes de retrait faute d'acheteurs en nombre suffisant. Des files d'attente se sont constituées, parfois avec des dizaines de milliers de parts en attente de cession. Certains investisseurs ont attendu de nombreux mois avant de récupérer leur argent — et parfois à un prix inférieur à celui payé à l'achat.

La Finance Pour Tous illustre le mécanisme général : « si un investisseur a un besoin urgent d'argent et qu'il ne peut pas vendre l'un de ses actifs, il peut se reporter sur un autre actif plus liquide de son portefeuille qu'il n'aurait pas vendu dans une autre circonstance » [La Finance Pour Tous]. C'est exactement ce qui s'est joué à grande échelle lors de cet épisode.

Le même phénomène, à une échelle systémique, avait déjà frappé lors de la crise des subprimes de 2008 : des titres réputés liquides sont devenus totalement invendables du jour au lendemain, faute d'acheteurs. La Finance Pour Tous le rappelle : « il n'y avait alors plus aucun acheteur pour beaucoup de vendeurs. Le marché était devenu illiquide, obligeant les investisseurs à vendre des actifs sur d'autres marchés plus liquides » [La Finance Pour Tous].

4. Pourquoi la liquidité est un risque à part entière

On parle souvent du risque de marché (baisse de valeur) et du risque de contrepartie (défaillance d'un émetteur). Le risque de liquidité mérite d'être considéré comme une troisième dimension à part entière : c'est le risque de ne pas pouvoir sortir d'une position au moment voulu, ou d'en sortir à un prix fortement dégradé.

Ce risque est particulièrement vicieux pour deux raisons.

Premièrement, il est invisible en temps normal. Un actif peu liquide se comporte bien pendant des années, sans que sa faible liquidité soit perceptible. C'est seulement sous le stress — quand on a besoin de vendre, ou quand le marché se retourne — que le problème éclate. La liquidité ne manque jamais quand tout va bien ; elle disparaît précisément quand on en a le plus besoin.

Deuxièmement, il est pro-cyclique : il se manifeste exactement quand les marchés sont en difficulté, c'est-à-dire quand les prix ont déjà baissé. L'investisseur contraint de vendre un actif illiquide pendant une crise subit une double peine — la baisse du prix et la décote de liquidité.

5. Les ETF et la liquidité : un avantage structurel

Les ETF sur grands indices bénéficient d'une architecture particulièrement favorable à la liquidité, grâce à un mécanisme de « création et rachat en nature » impliquant des teneurs de marché (market makers) professionnels. Ces acteurs s'engagent à proposer en permanence des prix d'achat et de vente, assurant la continuité des échanges même lorsque le volume de transactions est faible.

Concrètement, un ETF répliquant le MSCI World peut être acheté ou vendu en quelques secondes pendant les heures de bourse, avec un spread souvent inférieur à 0,1 %. C'est une liquidité nettement supérieure à celle de la plupart des produits équivalents — fonds actifs à valeur liquidative quotidienne, SCPI, immobilier.

Deux nuances méritent d'être mentionnées. La liquidité d'un ETF dépend en partie de celle de ses actifs sous-jacents : un ETF sur un grand indice très échangé est extrêmement liquide, un ETF sur un marché de niche peut l'être nettement moins. Par ailleurs, l'encours de l'ETF joue un rôle : un ETF avec un encours très faible peut avoir des spreads plus larges et présente un risque de fermeture par l'émetteur. C'est une raison supplémentaire de privilégier les ETF bien établis, avec un encours significatif.

6. Ce que la liquidité implique pour votre stratégie

6.1 Calibrer la liquidité selon l'horizon et le besoin

L'épargne de précaution — trois à six mois de dépenses — doit être placée sur des supports à liquidité immédiate et sans risque de perte en capital : Livret A, LDDS, voire LEP si l'on y est éligible. Cette poche ne doit jamais être investie en bourse ni en actifs peu liquides, car un imprévu ne s'annonce pas.

Les sommes investies à long terme peuvent se permettre une liquidité moindre en échange d'un potentiel de rendement supérieur — à condition que l'horizon soit réellement long et que le besoin de liquidité ne se présente pas entre-temps. Un investisseur qui prépare sa retraite dans 25 ans peut logiquement accepter de l'illiquidité sur une partie de son portefeuille. La même position serait imprudente pour quelqu'un à cinq ans de l'échéance.

6.2 Ne pas sous-estimer le prix de l'illiquidité

Accepter de l'illiquidité peut donner accès à une prime de rendement. Mais cette prime ne vaut que si trois conditions sont réunies : on n'aura pas besoin des fonds immobilisés pendant toute la durée prévue, on accepte que le marché secondaire puisse se dégrader, et on comprend exactement dans quelles conditions on pourra récupérer son argent — pas dans les conditions idéales, mais dans celles d'un marché stressé.

6.3 Poser les bonnes questions avant d'investir

Avant tout placement, trois questions sur la liquidité méritent une réponse claire et honnête.

Dans quelles conditions puis-je récupérer mon argent ? Pas dans les conditions idéales — dans celles d'une crise, d'un besoin urgent, d'un marché retourné.

Quel est le délai réaliste ? Pas le délai affiché en brochure commerciale, mais celui observé lors des épisodes de stress récents sur ce type d'actif.

À quel prix puis-je sortir dans le pire cas ? Y a-t-il un marché secondaire organisé ? À quelle décote s'est-il établi lors de la dernière crise de liquidité sur ce type d'actif ?

Ce qu'il faut retenir

La liquidité est la facilité à acheter ou vendre un actif rapidement, au prix affiché, sans le faire bouger. Elle se mesure par le spread achat-vente, le volume échangé, la profondeur du carnet d'ordres et, pour les actifs non cotés, le délai de cession.

C'est un risque à part entière — distinct du risque de marché — parce qu'il est invisible en temps normal et qu'il se manifeste précisément quand les marchés sont en difficulté. La crise des SCPI de 2023-2025 en est un exemple concret et récent : des files d'attente de plusieurs mois se sont constituées pour des investisseurs qui pensaient pouvoir récupérer leur capital rapidement.

Pour l'investisseur particulier, la règle pratique est simple : l'épargne de précaution reste sur des supports parfaitement liquides, les sommes investies à long terme peuvent accepter de l'illiquidité à condition que l'horizon soit réellement long et le besoin de liquidité absent. Ne jamais accepter de l'illiquidité par défaut — seulement en échange d'une prime de rendement clairement identifiée et d'un horizon parfaitement compatible.

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Sources

Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre purement éducatif. Elles ne constituent pas un conseil en investissement financier. L'auteur n'est pas conseiller en investissement financier agréé. Tout investissement comporte un risque de perte en capital. Pour toute décision engageant votre patrimoine, consultez un professionnel agréé.

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